151 Sous-espaces stables par un endomorphisme ou une famille d’endomorphismes d’un espace vectoriel de dimension finie. Applications.

Sous-espaces stables par un endomorphisme ou une famille d’endomorphismes d’un espace vectoriel de dimension finie. Applications.

algebra

Soit un espace vectoriel sur un corps de dimension finie . Soit un endomorphisme de .

Stabilité

Définitions, endomorphismes induits

Définition 1

Soit un sous-espace vectoriel de . On dit que est stable par si .

Exemple 2

Le noyau et l’image de sont stables par .

Proposition 3

Si , alors admet au moins une droite ou un plan stable.

Proposition 4

Soit un sous-espace de stable par . Alors induit deux endomorphismes :

  • la restriction de à .

  • obtenu par passage au quotient.

Définition 5

Soit la matrice de l’endomorphisme dans une base quelconque de . On définit le polynôme caractéristique de par .

Proposition 6

Soit un sous-espace de stable par de dimension . Soit une base de telle que les premiers vecteurs forment une base de . Alors :

  1. La matrice de dans la base est de la forme

  2. est une base de désigne la projection canonique sur le quotient.

  3. et .

  4. .

Sous-espaces stables et polynôme minimal

Proposition 7

Il existe un polynôme qui engendre l’idéal . Il s’agit du polynôme minimal de noté .

Théorème 8

Théorème de Cayley-Hamilton

Proposition 9

Soit un sous-espace de stable par . Alors .

Proposition 10

Si avec et deux sous-espaces stables par , alors .

Proposition 11

Soient et deux polynômes unitaires tels que . On note . Alors .

Recherche de sous-espaces stables

Définition 12

On suppose que le polynôme caractéristique de est scindé sur : Pour tout , le sous-espace vectoriel s’appelle le sous-espace caractéristique de associé à .

Proposition 13

Lemme des noyauxSoient premiers entre eux. Alors

Proposition 14

On suppose que le polynôme caractéristique de est scindé sur . On note les sous-espaces caractéristiques de .

  • , est stable par .

  • .

  • , est la multiplicité de dans .

Remarque 15

Plus généralement, est stable par . C’est en fait un corollaire de la proposition suivante.

Proposition 16

Soient tels que (pour la composition). Alors le noyau et l’image de sont stables par (et réciproquement).

Proposition 17

On suppose que le polynôme caractéristique de est scindé sur . Alors :

  1. est de la forme :

  2. , .

  3. , est l’indice de nilpotence de l’endomorphisme .

Utilisation de la dualité

Définition 18

On appelle forme linéaire de toute application linéaire de dans et on note appelé dual de l’ensemble des formes linéaires de .

Proposition 19

est un espace vectoriel sur de dimension .

Définition 20

Si , on note l’orthogonal (au sens de la dualité) de qui est un sous-espace vectoriel de .

Proposition 21

Si est un sous-espace vectoriel de , on a .

Définition 22

On définit l’application transposée de par

Proposition 23

Un sous-espace vectoriel de est stable par si et seulement si est stable par .

Remarque 24

C’est un résultat qui peut s’avérer utile dans les démonstrations par récurrence s’appuyant sur la dimension d’un sous-espace stable (cf. 31).

Application à la réduction d’endomorphismes

Diagonalisation et trigonalisation

Définition 25

On dit que est valeur propre de s’il existe tel que . est alors un vecteur propre de associé à . Le sous-espace est le sous-espace propre associé à .

Définition 26

On dit que est diagonalisable (resp. trigonalisable) s’il existe une base de telle que soit diagonale (resp. triangulaire supérieure).

Théorème 27

Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. est diagonalisable.

  2. est scindé à racines simples.

  3. est scindé et, pour toute valeur propre , la dimension du sous-espace propre est égale à la multiplicité de dans .

  4. est somme directe des sous-espaces propres de .

Exemple 28
  • Soit tel que . Alors est annulé par donc est diagonalisable et à valeurs propres dans .

  • Soit tel que . Alors si , est annulé par donc est diagonalisable et à valeurs propres dans .

Théorème 29

Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. est trigonalisable.

  2. est scindé.

  3. est scindé.

Exemple 30

Si est algébriquement clos, tout endomorphisme de est trigonalisable.

Théorème 31

Soit une famille d’endomorphismes telle que . Si tous les sont trigonalisables (resp. diagonalisables), on peut co-trigonaliser (resp. co-diagonaliser) la famille .

Remarque 32

Dans le cas de la diagonalisabilité, cette condition est à la fois nécessaire et suffisante.

Proposition 33

On suppose que est diagonalisable. Soit un sous-espace de stable par . Alors est diagonalisable.

Application 34

Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. est trigonalisable avec des zéros sur la diagonale.

  2. est nilpotent (ie. tel que ).

  3. .

  4. est l’indice de nilpotence de .

Décomposition de Dunford

Théorème 35

Décomposition de DunfordOn suppose que est scindé sur . Alors il existe un unique couple d’endomorphismes tels que :

  • est diagonalisable et est nilpotent.

  • .

  • .

Corollaire 36

Si vérifie les hypothèse précédentes, pour tout , , avec désigne l’indice de nilpotence de .

Remarque 37
  • Un autre intérêt est le calcul d’exponentielles de matrices.

  • On peut montrer de plus que et sont des polynômes en .

Réduction de Jordan

Définition 38

Un bloc de Jordan de taille associé à désigne la matrice suivante :

Proposition 39

Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. Il existe une base de telle que la matrice de est .

  2. est nilpotent et cyclique (voir 43).

  3. est nilpotent d’indice de nilpotence .

Théorème 40

Réduction de Jordan d’un endomorphisme nilpotentOn suppose que est nilpotent. Alors il existe des entiers tels que , et une base de tels que : De plus, on a unicité dans cette décomposition.

Remarque 41

Comme l’indice de nilpotence d’un bloc de Jordan est égal à sa taille, l’indice de nilpotence de est la plus grande des tailles des blocs de Jordan de la réduite.

Théorème 42

Réduction de Jordan d’un endomorphismeOn suppose que le polynôme caractéristique de est scindé sur : Alors, pour tout , il existe des entiers et tels que , ainsi qu’une base de dans laquelle Les tailles des blocs sont uniques à permutation des blocs près.

Réduction de Frobenius

Définition 43

On dit que est cyclique s’il existe tel que .

Proposition 44

est cyclique si et seulement si .

Définition 45

Soit . On appelle matrice compagnon de la matrice

Proposition 46

est cyclique si et seulement s’il existe une base de telle que .

Théorème 47

Il existe des sous-espaces vectoriels de tous stables par tels que :

  • .

  • est cyclique pour tout .

  • Si , on a pour tout .

La famille de polynômes ne dépend que de et non du choix de la décomposition. On l’appelle suite des invariants de similitude de .

Théorème 48

Réduction de FrobeniusSi désigne la suite des invariants de , alors il existe une base de telle que : On a d’ailleurs et .

Corollaire 49

Deux endomorphismes de sont semblables si et seulement s’ils ont la même suite d’invariants de similitude.

Application 50

Toute matrice est semblable à sa transposée.

Endomorphismes remarquables

Endomorphismes normaux

Soit un espace vectoriel sur de dimension finie . On munit d’un produit scalaire , qui en fait un espace hermitien.

Notation 51

On note l’adjoint de .

Définition 52

Un endomorphisme est dit normal s’il est tel que .

Proposition 53

On suppose normal. Soit une valeur propre de . Alors :

  1. est stable par .

  2. est normal.

Corollaire 54

On suppose normal. Alors est diagonalisable dans une base orthonormée.

Sous-représentations

Soit un groupe d’ordre fini.

Définition 55
  • Une représentation linéaire est un morphisme de dans désigne un espace vectoriel de dimension finie sur .

  • On dit que est le degré de .

  • On dit que est irréductible si et si aucun sous-espace vectoriel de n’est stable par pour tout , hormis et .

Exemple 56

Soit le morphisme structurel d’une action de sur un ensemble de cardinal . On obtient une représentation de sur en posant c’est la représentation par permutations de associé à l’action. Elle est de degré .

Définition 57

La représentation par permutations de associée à l’action par translation à gauche de sur lui-même est la représentation régulière de , on la note .

Définition 58

Soit une représentation linéaire de . On suppose avec et stables par pour tout . On dit alors que est somme directe de et de .

Théorème 59

Théorème de MaschkeToute représentation linéaire de est somme directe de représentations irréductibles.

Annexes

tikzpicture-1
Endomorphismes induits par sur un sous-espace stable .
Diagonalisable Trigonalisable Quelconque
Décomposition de suivant les vecteurs propres de Dunford de Frobenius
Sous-espace stable espace propre espace caractéristique engendré par un élément
homothétie homothétie + nilpotent cyclique
Réduction d’un endomorphisme en fonction de ses propriétés.